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Les nouvelles acquisitions

Montpellier, Chevrette à décor polychrome à tête d’ange moulée

Montpellier

Chevrette à décor polychrome à tête d’ange moulée

Fin XVIe – début XVIIe siècle

Faïence stannifère, décor de grand feu polychrome

H. 22, 5 cm

Inv. 2011.13.1

Hist. : ancienne collection Chompret ; puis collection André Girault ; Paris, vente Paris, Drouot-Richelieu, étude Chayette & Cheval, 19 octobre 2011, lot. n°23, préemption de l’Etat au bénéfice de la Communauté d’Agglomération de Montpellier, acquis avec le soutien des Amis du musée Fabre, 2011.

Ce vase de pharmacie constitue un jalon important dans l’histoire de la faïence montpelliéraine. Il est clairement attribuer au centre de Montpellier où les fondations hospitalières se multiplient au XVIIe siècle (Hôtel de la Miséricorde, hôpital général) comme dans la région (Pézenas, Pont-Saint-Esprit, Tarascon…). Chaque institution possède son apothicairerie, favorisant une véritable industrie pharmaceutique qui nécessite de nombreux vases pour conserver la riche pharmacopée du temps. La chevrette - récipient à panse muni d’une anse et d’un goulot - fut utilisée par les apothicaires pour les remèdes liquides : sirops et huiles. Celle récemment entrée dans les collections du musée Fabre porte une tête d’ange moulée et rapportée à la base de l’anse décorée d’un rameau jaune rehaussée d’ocre sur fond bleu, en pendant du bec de même couleur.

Cette pièce remarquable est connue par plusieurs publications de référence : en 1943, l’ouvrage fondateur de Jean Thuile (1887-1970), La Céramique ancienne à Montpellier et, en 1946, Les faïences françaises primitives d'après les apothicaireries hospitalières, sous la direction du Dr Joseph Chompret (1869-1956). Considérée comme une des pièces de référence pour la faïence du Languedoc, la chevrette fut exposée en 1962 au musée Fabre lors de l’exposition La faïence de Montpellier et en 1980 au Grand Palais à Paris lors de la rétrospective Faïences françaises, XVIe-XVIIIe siècles.

Si aujourd’hui aucune donnée archéologique ne permet de dater ni d’attribuer avec certitude cette chevrette, elle fait néanmoins partie d’un corpus de vases pharmaceutiques bien identifiés auquel appartient la paire d’albarelli provenant de l’hôpital de Lodève. Le décor peint est caractérisé par des couleurs vives et des motifs de « fruits enveloppés », cernés d’un large trait au bleu de cobalt. La palette polychrome, sous l’influence de l’Italie, est limitée au bleu, vert, jaune citron, jaune d’or et brun de manganèse. Les feuilles des motifs végétaux colorées en deux teintes se détachent sur un fond blanc semé de motifs vermiculés. Le col est simplement orné par des filets en bleu, ocre et jaune. L’analyse de l’argile des albarelli a révélé qu’ils étaient bien façonnés avec de la terre de Montpellier.

A la lumière des travaux récents, cet ensemble de vases pharmaceutiques peut être rattaché à l’esthétique de Pierre Estève. Faïencier originaire de Pézenas, Estève est actif à Montpellier dès 1570 et s’établit rue des Carmes. Nous ignorons comment Pierre Estève est initié à l’art de la faïence. Ses connaissances dans le domaine de la céramique émaillée et peinte trouvent peut-être leur source à Pézenas, devenue dès le XVIe siècle un important centre de production sous l’impulsion des Montmorency, gouverneurs du Languedoc. C’est à Pézenas que furent découverts des carreaux de revêtement dont le décor à motif végétal en émail polychrome est comparable au décor de la chevrette et des albarelli de Lodève.
La ressource des analyses et des études scientifiques permet aujourd’hui de cerner plus précisément la production montpelliéraine. L’exposition Terre de faïence, potiers et faïenciers entre Moyen Âge et XVIIIe siècle rend à Montpellier la place qu’elle mérite dans l’histoire de la céramique comme centre majeur de production de faïence pendant cinq siècles et dont Pierre Estève est l’un des plus fameux représentants.


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