PEINTURE ET SCULPTURE DU XIXe SIECLE À L'ART CONTEMPORAIN

Claude Marie Dubufe, L’Inquiète (étude)

Claude Marie Dubufe, L’Inquiète (étude)

Elève de David, actif pendant la Restauration et la monarchie de Juillet, Claude Marie Dubufe est un peintre entre néoclassicisme et romantisme. A côté de quelques tableaux d’histoire dont l’ Apollon et Cyparisse de 1827 (Avignon, musée Calvet) et de nombreux portraits officiels, il développa une production de figures de fantaisie. Ces figures en buste ou à mi-corps, dont les titres évoquaient des sentiments et des états d’âme, sont dérivées de celles de Santerre, Raoux, Courtin des années 1700-1740, mais aussi de celles plus récentes de Greuze et Reynolds. C’est à partir du succès au Salon de 1827 des deux tableaux en pendant : Les Souvenirs et Les Regrets (Norton Simon Museum, Pasadena), que Dubufe cultive cette veine commerciale intéressante, entre portrait et scène de genre.

L’Inquiète est une variante de la Jeune femme dans la douleur du musée du Louvre (66 x 55 cm) acquise au Salon de 1831 (n° 630). Le modèle et la posture sont identiques mais les expressions diffèrent : la douleur semble murer la jeune femme en elle-même, tandis que l’inquiétude la laisse entre angoisse et espoir. Le tableau du musée Fabre est peint avec beaucoup de brio, assez ébauché, dans l’esprit de Gros, de Delacroix, de Devéria et de Bonington. En cela, le sous-titre d’ Étude que lui donnait le Salon est très logique. Dubufe peignait dans une manière beaucoup plus léchée les sujets plus complexes, plus avancés dans la narration, comme La Douleur (tableau également intitulé La Lettre de Wagram ) du musée de Rouen ou la Jeune Alsacienne du musée du Louvre.

Youla Chapoval, Composition aux lignes noires

Youla Chapoval, Composition aux lignes noires

Le tableau Composition aux lignes noires a été exposé en 1964 au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, sous le n°34, lors de la rétrospective dédiée à Youla Chapoval. Influencé par le cubisme et sa rencontre avec Pablo Picasso, l’artiste se voit attribuer en 1947 le prix de la Jeune Peinture. Au mois de novembre de la même année se tient sa première véritable exposition à la Galerie Jeanne Bucher. Exposé au Salon Octobre à Paris, en Octobre-novembre 1952, il sera l’artiste à l’honneur au Salon des Réalités nouvelles à Paris en juillet 1959.

Composition aux lignes noires reprend à son compte l’utilisation de couleurs primaires à la manière de Fernand Léger. Très construites, les lignes proposent une juxtaposition de formes qui rendent la composition riche et créent un subtil effet de profondeur. En 2009, une première toile de Youla Chapoval, Composition cubiste , était venue enrichir les collections du musée Fabre dédiées à l’art d’après-guerre. Aux cotés des œuvres de Hans Hartung, Arpad Szenes, Nicolas de Staël, Elena Vieira da Silva, ces deux compositions, toutes deux datées de 1949,  montrent toute la force plastique de cet artiste russe décédé à l’âge de trente-deux ans.

Camille Descossy, Hommage à Zurbarán / Le Placard noir

Camille Descossy, Hommage à Zurbarán / Le Placard noir

Hommage à Zurbarán
1951-1952
Huile sur toile
H. 97 ; L. 162 cm
Inv. 2013.9.1

Le Placard noir
1978
Huile sur bois
H. 196 ; L. 130 cm
Inv. 2013.9.2

Catalan d’origine, Camille Descossy eut un rôle important comme professeur, dès 1931, puis Directeur de l’École des Beaux-Arts de Montpellier, de 1939 à 1967. Il marque de sa personnalité attachante toute une génération d’artistes parmi lesquels on peut compter Vincent Bioulès, Philippe Pradalié, François Rouan, Pierre Soulages ou Claude Viallat. Descossy développe une œuvre picturale au sein du groupe Frédéric Bazille, créé en particulier avec Albert Dubout, François Desnoyer ou Georges Dezeuze. Succède à ce premier mouvement la création, en 1956, du groupe Montpellier-Sète avec le soutien de personnalités aussi diverses que Jean Cocteau, Jean Vilar ou Georges Desmouliez, collectionneur et Conseiller municipal, délégué aux Beaux-Arts et aux Affaires Culturelles de la ville de Montpellier.

Dans la continuité de la rétrospective consacrée à Camille Descossy (Montpellier, Espace Dominique Bagouet, 2012-2013), dans laquelle les œuvres conservées au musée Fabre étaient présentées ( Portrait de A. Dubout , Nature morte au lapin , Vue du Pic Saint-Loup et de l'Hortus ), le musée a bénéficié de la donation de cinq dessins et de deux huiles sur toile. 
La nature morte Hommage à Zurbarán , 1951-1952, sorte de vanité ou de memento mori où la main du créateur, le peintre et son pinceau, font irruption dans l'espace du tableau, reprend l' Ange Gabriel , chef-d’œuvre de Francisco de Zurbarán conservé au musée Fabre. Cette composition évoque toute l'importance du musée de Montpellier et de ses collections pour Camille Descossy (voir Regards sur le Musée Fabre , Éd. Méridianes, 2012). Le Placard noir , de grandes dimensions, constitue un témoignage de l'attachement de Camille Descossy à sa région natale, le Roussillon, par la présence dans ce placard - qui fait tour à tour office de bibliothèque et de réceptacle d'une nature morte au sol - de l'ouvrage Arts anciens du Roussillon et de quelques exemplaires de Styles régionaux . La dimension de vanité est également présente dans ce tableau avec la présence du crâne suspendu et du globe terrestre.

Geneviève Asse

Geneviève Asse

La Porte entrouverte
1968
Huile sur toile
H. 146 ; L. 97,5 cm
Inv. 2013.2.2

Sans titre 1996
1996
Huile sur toile
H. 200,5 ; L. 165,5 cm 
Inv. 2013.2.1

Hist.: achat de la Fondation d’Entreprise du Musée Fabre auprès de l’artiste ; don de la Fondation d’Entreprise du Musée Fabre, 2013

Transparence
1973-1974
Huile sur toile
H. 82,5 ; L. 101,5 cm 
Inv. 2013.3.3

Sans titre 1993 et Sans titre 1994
1993 et 1994
Huile sur toile
H. 102,5 ; L. 102,5 cm (chaque tableau)
Inv. 2013.3.1 et 2013.3.2

Cercle
2003
Huile sur toile
D. 120 cm 
Inv. 2013.3.4

Hist.: don de l’artiste, 2013

Suite à l’exposition Geneviève Asse , présentée en 2012-2013, le musée Fabre s’est enrichi d’une donation exceptionnelle composée de six toiles de l’artiste : deux acquises par la Fondation d’Entreprise et quatre données par Geneviève Asse. Cet ensemble couvre un large pan chronologique de création, il offre, par ses formats variés, un panorama de sa recherche, consacrée aux variations de la lumière et à la verticalité.
Née en 1923 à Vannes, Geneviève Asse découvre à la fin des années 1930 au musée du Louvre les natures mortes de Chardin, œuvres qui lui enseignent l’art de la composition et la sobriété de la palette colorée. Elle intègre l’École des Arts décoratifs et l’École du Louvre en 1940, et peint ses premières natures mortes. A la suite de ses recherches avec le groupe de l’Échelle, où l’artiste explore le motif des boîtes dans un espace restreint et architecturé ( Boîtes Bleues , collection de l’artiste, 1948), l’éclatement et la dissolution de la forme intervient au début des années 1960 et se traduit par des séries plus abstraites, Portes et Fenêtres, où la figuration est davantage suggérée que parfaitement visible. Les quelques notations figuratives disparaissent au profit d'un travail sur la ligne.
Dans le tableau La porte entrouverte , quelques boîtes superposées, en transparence, témoignent d’une période picturale qui s’achève. Le motif de la porte ouverte est lui-même perceptible, mais la matière se fait plus fine, plus délicate. Cette œuvre inaugure le passage de l’artiste vers l’abstraction pure qui s’effectue dans les années 1970.
L’approche de la lumière et de la transparence constitue alors l'essentiel de ses recherches picturales, autour de deux couleurs principales, le bleu et le blanc. Au fil des années, les toiles bleues ont créé un vocabulaire propre, et le Bleu Asse peut aujourd’hui être défini, tant il est unique, à la manière du Bleu IKB d'Yves Klein ou du Noir de Pierre Soulages.

Stéphane Bordarier, 4.IV.2008 / 5.VII.2011

Stéphane Bordarier, 4.IV.2008 / 5.VII.2011

4.IV.2008
2008
Huile sur toile
H. 203 ; L. 178 cm
Inv. 2013.5.2

Hist.: don de l’artiste, 2013.

5.VII.2011
2011
Huile sur toile
H. 140 ; L. 280 cm (H. 140 ; L. 140 cm par panneau, diptyque)
Inv. 2013.5.1

Hist.: Galerie Fournier ; achat de la Fondation d’Entreprise du Musée Fabre ; don de la Fondation d’Entreprise du Musée Fabre, 2013.

Le travail pictural de Stéphane Bordarier, par ses recherches sur la qualité de la couleur et la surface, lui confère une position singulière sur la scène artistique française. La couleur, unique, qui ne recouvre jamais totalement la surface de la toile, déborde sur la tranche du tableau et rejoint physiquement le mur. La surface est préparée avec de la poudre de marbre qui apporte une brillance magnétique ou bien, au contraire, la toile est laissée brute, chanvrée. Ce jeu des textures donne un relief certain à l’espace coloré, qui va tancer les limites du châssis, et qui tendent à redéfinir l’espace pictural même.
C’est en interrogeant les limites du tableau, le lien à son extériorité, que le peintre réalise les peintures  Ensemble (des tableaux de format carré juxtaposés par deux ou par quatre), travail  débuté en 2004 et auquel s’apparente 5.VII.2011 . Ces diptyques ou quadriptyques s’articulent autour de la recherche de la couleur par couches successives, miscibles entre elles pour aboutir à un couleur unique. Ici ce sont le bleu et le jaune qui vont se mêler pour donner cette luminosité remarquable et cet effet de profondeur.
En 2007, le peintre s’impose trois couleurs, le rouge, le bleu et le violet de mars, qui est la couleur de 4.IV.2008 . Cette dernière sera l’unique nuance du peintre de 1996 à l’an 2000.

Stéphane Bordarier, présenté depuis 1989 par la Galerie Jean Fournier, a participé à l’accrochage consacré aux artistes de la galerie lors de l’exposition inaugurale pour la réouverture du musée Fabre en 2007 : La couleur toujours recommencée, Hommage à Jean Fournier, marchand à Paris (1922-2006) . Les liens étroits qui unissent le musée à ce grand marchand parisien ont amené le musée Fabre à s’intéresser au travail de Stéphane Bordarier en lui consacrant une exposition monographique , en 2010. L’entrée au musée de deux toiles de l’artiste s’inscrit dans le prolongement de ces deux événements explorant la modernité picturale et permet de nourrir les galeries du musée Fabre dédiées aux artistes régionaux, Stéphane Bordarier ayant son atelier à Nîmes.