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Selected works

Neptune examiné par un scanner

Attr. Baccio Bandinelli, Neptune © Musée Fabre de Montpellier Agglomération - clichés Frédéric Jaulmes

Attribué à Baccio Bandinelli (Florence 1493 – Florence 1560)

Neptune

Vers 1558-1560

Cire, patine bronze, armature en fil de fer, socle en bois

H. 53 cm (sans socle) ; L. 16 cm ; P. 11,5 cm

Don François-Xavier Fabre, 1825

Inv. 825.1.355

Neptune , considéré comme un bozzetto original du sculpteur florentin Baccio Bandinelli , daté vers 1558-1560, est une sculpture d’un intérêt artistique et historique exceptionnel. Un bozzetto est une esquisse modelée (en argile ou en cire) qui traduit en volume l’idée première du sculpteur. Il est le point de départ de la création d’une œuvre sculptée. Le bozzetto est généralement présenté au commanditaire de l’œuvre, pour approbation. Le Neptune de Bandinelli s’inscrit dans la longue histoire du projet de fontaine publique, dite Fontaine de Neptune , pour la place de la Seigneurie à Florence, commandée par le duc Cosme 1er de Médicis.

Œuvre rare et fragile de la Renaissance italienne, cette cire a été restaurée en 2011. L’intervention consista en un nettoyage, une fixation de différents éléments (la main gauche fut replacée dans son logement sur la cuisse), une consolidation des fentes et fractures, et une restitution de quelques parties lacunaires au niveau de l’épaule gauche, du genou gauche et du cou. La restauration achevée, Neptune fut analysé par un scanner au Centre de Radiologie et de Physiothérapie de la Clinique du Parc à Castelnau-Le-Lez. Le Dr Samuel Mérigeaud , radiologue, chargé de la réalisation et de l'interprétation de scanners d'une quarantaine de momies sous la direction du Louvre en 2010, a réalisé pour le musée Fabre l’analyse du Neptune . Le scanner a permis une reconstitution des images en 3D grâce aux coupes millimétriques. Les principaux objectifs de l’opération furent d’analyser l’intégralité de la base en bois ciré, sur laquelle reposent les pieds de Neptune , et de visualiser la structure interne de la sculpture.

Le scanner a confirmé la présence de paillettes métalliques sur la surface de la sculpture. Il pourrait s’agir de particules d’or. Seule une analyse de spectrométrie permettrait de déterminer la nature exacte de ces particules.

1 – La première image du scanner , montrant Neptune de face, rend visible la base d’origine sur laquelle repose la figure. Elle est composée de bois badigeonné de cire.
L’imagerie laisse clairement apparaître que cette base recouverte de la même cire que la sculpture (surface blanche sur l’image) se prolonge à l’intérieur du socle moderne. Elle fut encastrée dans le socle en bois de présentation, probablement au XIXe siècle.

2 - Les deux premières rotations rendent clairement visibles les différentes fractures : au niveau du bras droit, des reins, du poignet gauche et du genou droit.

3 - La troisième rotation rend visible la structure interne. Elle est composée d’une armature métallique servant de squelette :
- deux tiges (en blanc sur l’image), qui se croisent au niveau des hanches, servent de principaux éléments de support. L’une relie l’intérieur de la base originelle à la tête. La seconde, s’arrête au niveau du torse.
- un nœud en fil de fer (en vert sur l’image) comble le volume du torse et des épaules.
- deux fils de fer (en bleu sur l’image) structurent  les bras, des épaules jusqu’à l’intérieur des mains. Pour le bras gauche, le fil traverse la tête du dauphin et relie la cuisse gauche servant à consolider la structure.

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Animation 3D, Samuel Mérigeaud, à partir du scanner réalisé au Centre de Radiologie et de Physiothérapie (CRP), Clinique du Parc, Castelnau-Le-Lez, 2011

Histoire du Neptune de Baccio Bandinelli

Vers 1558, le duc Cosme 1er de Médicis commanda à Baccio Bandinelli, l’un des sculpteurs attitrés de l’illustre famille, la réalisation de la fontaine publique pour la place de la Seigneurie à Florence. Pour cette place, le sculpteur avait déjà réalisé en 1534 le groupe colossal en marbre Hercule et Cacus qui devait rivaliser avec le célèbre et monumental David de Michel-Ange, installé trente ans plus tôt, en 1504. Mais Hercule et Cacus reçurent un accueil défavorable. Ainsi, le Neptune , figure centrale de la fontaine qu’envisageait Bandinelli, donna au sculpteur une nouvelle occasion de surpasser son illustrissime voisin. Mais sa mort, en 1560, interrompit son projet et son œuvre resta inachevée. Un concours fut lancé pour désigner un successeur. Les sculpteurs Benvenuto Cellini, Vincenzo Danti, Jean de Bologne et Bartolomeo Ammannati y participèrent. La préférence du Duc de Médicis revint à Ammannati. Il réalisa en marbre le colossal Neptune , surnommé ironiquement par les Florentins « Biancone » (le grand blanc).
Mais le projet de Baccio Bandinelli ne fut pas définitivement perdu. Le modèle de Bandinelli a été copié par son élève Battista Lorenzi et coulé en bronze en 1573 pour le noble florentin Jacopo di Alamanno Salviati. Ce bronze posthume est aujourd’hui conservé dans la collection Colonna à Rome. Il existe un deuxième exemplaire en bronze de Neptune d’après Bandinelli (collection Robert H. Smith, Crystal City, Arlington, Virginie). Les deux bronzes ont été montrés côte à côte lors de l’exposition consacrée au sculpteur Ammannati : L’acqua, la pietra, il fuoco : Bartolomeo Ammannati scultore , au musée du Bargello à Florence en 2011.

La question de l’attribution à Bandinelli

Volker Krahn , Conservateur en chef de la collection de sculptures des musées nationaux de Berlin, a découvert l’attribution du modèle en cire du musée Fabre à Baccio Bandinelli. Ce modèle a peut-être servi à la fonte du bronze de la collection Colonna. Les études comparatives entre les deux sculptures, leur taille à peu près identique (respectivement 53 et 51,3 cm) et l’analyse radiographique confirment l'authenticité de la cire et son attribution à Baccio Bandinelli. Le fait que le Neptune du musée Fabre ait conservé le sceptre qu’il tient dans la main droite, alors qu’il a disparu dans le modèle en bronze, est un critère important dans l'évaluation du modèle en cire.

Mais le nom de l’auteur du Neptune , offert par François-Xavier Fabre à la ville de Montpellier en 1825, est à l’origine de bien des confusions. Dès 1828, année de l’inauguration du musée Fabre, Neptune est exposé sous le nom du sculpteur florentin Bartolomeo Ammannati. Fabre, Conservateur du musée et auteur du premier catalogue des collections, publie en 1828 sous le n°  345 : « Un Neptune en cire, modelé par Bartolommeo Ammannati, sculpteur florentin, qui l’a exécuté en marbre de proportion colossale, pour orner la grande fontaine de la Place du Grand-Duc, à Florence ». Jusqu’au début du XXe siècle, Neptune est considéré comme une esquisse pour le « Biancone » d’Ammanati.

En 1926, André Joubin, Conservateur du musée Fabre, réattribue la cire et la donne au sculpteur néoclassique Lorenzo Bartolini (Florence 1776-1850) en raison d’une signature : BARTOLINI FECE. Dans son Catalogue des peintures et des sculptures exposées dans les galeries du musée Fabre , Joubin, sous le n° 877, classe la cire au rang de copie d’après le Neptune de Bartolomeo Ammannati.
Outre le fait que la prétendue signature mentionnée par Joubin soit probablement le fruit d’une erreur (elle a été cherchée en vain), le Neptune est sans liens stylistiques patents avec Bartolini.

Sources bibliographiques :

  • KEUTNER, Herbert, « Un modello del Bandinelli per il Nettuno della fontana della Piazza della Signoria a Firenze », in Scritti di storia dell'arte in onore di Roberto Salvini , Florence, Sansoni, 1984, pp. 417-426.
  • Cat. exp. L'ombra del genio : Michelangelo e l'arte a Firenze , 1537-1631, Florence, Palazzo Strozzi, 13 juin-29 septembre 2002, Chicago, The Art Institute of Chicago, 9 novembre 2002-2 février 2003, Detroit, The Detroit Institute of Arts, 16 mars-8 juin 2003, Milano, Skira, 2002, cat. 49, pp. 192-194.
  • HEIKAMP, Detlef, « La Fontana di Nettuno, la sua storia nel contesto urbano », cat. exp. L'acqua, la pietra, il fuoco : Bartolomeo Ammannati scultore , Florence, Museo Nazionale del Bargello, 11 mai - 18 septembre 2011, Florence, Firenze musei, Giunti, 2011, pp. 182-261.