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Exhibitions

Le pari de la vérité

Jean-Baptiste Greuze, L'accordée de village (Paris, musée du Louvre) © RMN Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

Passionné par les sciences, Diderot est épris de vérité. Il s’attend donc à trouver cette dernière dans la peinture et la sculpture : vérité physique, vérité morale et vérité sociale dans le sujet représenté. Il pense aussi que l’art doit enseigner la vertu et que l’artiste, pour ce faire, doit être lui-même vertueux.

Cette vérité est celle du portrait : l’artiste doit saisir la vérité physique du modèle, avec les détails significatifs (rides, défauts…), sa vérité sociale et son impact sur sa personnalité, mais aussi ce qui fait son individualité. Il est ainsi admiratif de Greuze qui offre une nouvelle voie avec ses scènes réalistes de la vie quotidienne à signification moralisante et des sculpteurs Allegrain et Lemoine qui se jouent des contraintes de la matière pour approcher la vérité des corps. À l’inverse il rejette le style rocaille, trop fantaisiste et tout particulièrement le peintre Boucher, pourtant très apprécié des grands de cette époque.
Vérité, probité, théâtralité voilà tant de critères qui suscitent l’admiration de Diderot.

Peindre et sculpter en poète

Jean-Baptiste Pigalle, Mercure attachant ses talonnières (Paris, musée du Louvre) © RMN Grand Palais (musée du Louvre)/ Stéphane Maréchalle

Inspirée par la maxime « Ut pictura poesis », la théorie traditionnelle des arts conçoit le tableau comme un poème. La culture littéraire de Diderot le prédispose à accepter ce principe et à juger de la peinture suivant les critères de la poésie. Il jugera donc la manière de raconter l’histoire choisie par le peintre. Il faut que l’artiste soit poète pour exprimer avec force et précision la signification des sujets religieux, mythologiques ou historiques qu’il représente. Deux voies s’offrent à lui : l’exagération épique comme chez Deshays et Doyen, ou la simplicité sublime que choisissent Vien et David.

En homme de théâtre et écrivain, Diderot juge aussi tout naturellement la sculpture comme il le ferait d’un poème épique ou lyrique : l’idée doit être la préoccupation première de l’artiste. À l’exagération expressionniste du corps, comme dans le Prométhée d’Adam, il préfère le réalisme noble de Houdon qui annonce le néoclassicisme.

La magie de l’art

Claude-Joseph Vernet, Tempête avec naufrage d'un vaisseau  (Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen - Alte Pinakothek) © BPK, Berlin, Dist.RMN - Grand Palais/image BStGS

La magie est un terme souvent employé dans les écrits sur la peinture au XVIIIe siècle, en particulier par Diderot. Pour lui, la magie est le talent de trouver, d’assembler et de poser les couleurs sur la toile pour qu’elles produisent l’effet harmonieux équivalent au coloris naturel. Dès 1763, Diderot réalise que la poésie et la vérité ne suffisent pas sans la magie qui fait partie de la technique et de la pratique de l’artiste.

Diderot admire ainsi Chardin comme un grand magicien qui transfigure la réalité banale de ses natures mortes et Vernet qui arrive à rendre la sensation physique de la nature. Les ruines monumentales et théâtrales d’Hubert Robert, animées de pénombres fraîches et de clartés mouvantes, inspirent quant à elles à Diderot, en 1767 sa poétique des ruines, mélancolie face au temps qui passe.